Qui Suis-Je ?

Grégory CHIRICO

Né en 1980, j'ai grandi dans une modeste famille de Seine et marne partageant mon temps entre l'école et mes passions : la guitare et le dessin. A ce stade vous vous dites que l'histoire va se transformer en épopée fantastique mais l'époque étant ce qu'elle était, il a bien fallu aller bosser pour remplir le frigo - propriété de parents de plus en plus ingrats avec l'âge. Diplôme d'ingénieur instrumentation / mesure en poche (ça en fait rêver quelques uns) j'ai construit à la force de mes neurones une carrière totalement vide de sens dans l'industrie (télécom / automobile / aéronautique). Il ne m'aura fallu que 20 ans, à peine, pour comprendre que ma voie était ailleurs. Alors je reviens aujourd'hui à mes premières vocations, le dessin, l'illustration, la bande dessinée et raconter des histoires... 

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Ma Méthode de Travail

Si les plus grands magiciens continuent de garder les secrets de leurs tours bien cachés gageons que celui de la bande dessinée est éventé depuis un moment... Ici je vous décris en quelques mots et quelques images la manière dont je procède pour réaliser mes illustrations et mes planches. Un mélange de classicisme et de modernité...

Le Crayonné

Le crayonné est la première grande étape de construction visuelle d'une planche de bande dessinée. Après les esquisses rapides du storyboard — ces griffonnages qui posent la composition générale — j'affine mon travail au crayon, case après case, avec une précision croissante et une cohérence graphique sur l'ensemble de la planche.

C'est une phase à la fois technique et créative : il s'agit de définir les perspectives, de placer les personnages dans l'espace, de doser les niveaux de détail selon l'importance narrative de chaque scène. C'est aussi le moment des décisions silencieuses : quel angle de vue choisir pour renforcer la tension ? Comment guider l'œil du lecteur d'une vignette à l'autre ? 

C'est un travail souvent invisible dans le résultat final — effacé sous l'encrage — mais c'est pourtant lui qui constitue l'ossature de toute la narration visuelle.

L'encrage

Si le crayonné est l'esquisse de la vie, l'encrage en est l'affirmation. En effet à cette étape les choses se figent un peu plus. Pas question d'hésiter, il faut être sûr de son dessin et reprendre chaque trait au crayon pour le transcrire à l'encre noire avec une intention claire et définitive. 

C'est une phase qui demande autant de maîtrise que de sensibilité. L'épaisseur du trait n'est jamais anodine : une ligne appuyée ancre un personnage au sol, lui donne du poids ; un trait fin et nerveux suggère la légèreté, la vitesse ou la distance. L'encrage module, hiérarchise, sculpte la lumière par l'absence d'encre autant que par sa présence.

Pour ma part à cette étape j'utilise une table lumineuse qui me permet de décalquer mon crayonner — et de recommencer mon encrage en cas de grosse boulette — et une gamme de stylo noirs à pointe calibrée, allant du 0.05mm jusqu'au brush.

Le Scanner

En ce qui me concerne, la suite se passe sur ordinateur. Humble étape en apparence, elle est pourtant le pont entre deux mondes — celui du papier, de l'encre, du geste physique, et celui du fichier, du pixel, de l'écran.

Je scan mes planches avec une résolution de 300 dpi — pour préserver la finesse du trait encré, les subtilités des hachures... Trop basse, la résolution trahit le travail accompli ; trop haute, elle génère des fichiers encombrants difficiles à manipuler.

C'est aussi à cette étape que commencent les premiers ajustements numériques : correction des niveaux pour faire ressortir les noirs, suppression des impuretés et des légères traces résiduelles, redressement de la planche si elle a été posée de travers sur la vitre. Le fichier obtenu doit être propre, solide, fidèle à l'original.

Le scan marque ainsi une forme de transition : la planche physique, unique et fragile, engendre son double numérique — reproductible à l'infini, archivable, prêt à être mis en couleur...

Colorisation Numérique

Pour la mise en couleur, j'utilise un logiciel de colorisation pour donner vie à mes planches. Je commence par poser les à-plats — ces zones de couleur uniforme qui définissent les territoires de chaque élément : la veste du personnage, le ciel, le sol, les murs. C'est un travail minutieux de sélection et de remplissage, case après case, qui peut sembler ingrat mais qui constitue le fondement solide sur lequel tout le reste repose.

Vient ensuite le travail de lumière et d'ombres, là où la couleur cesse d'être simple remplissage pour devenir narration à part entière. Généralement je choisit une source lumineuse, la fait vivre à travers chaque vignette, sculpte les volumes, crée des ambiances...

Le numérique offre une liberté inédite : les calques permettent de tester, corriger, recommencer sans jamais abîmer le travail d'encrage original. Les dégradés sont fluides, les textures accessibles en quelques clics, les effets de matière illimités. Mais cette liberté exige une discipline égale — car la couleur peut autant sublimer une planche que la noyer sous un trop-plein d'effets.